Marine Le Pen, présidente du Front national au Salon des Entrepreneurs, le 1er février 2017 à Paris
Marine Le Pen, présidente du Front national au Salon des Entrepreneurs, le 1er février 2017 à Paris - ERIC PIERMONT / AFP
Lyon devient capitale politique ce week-end. Le Front national lance ce week-end à Lyon la campagne électorale de sa présidente Marine Le Pen. Et à quelques kilomètres de là, Emmanuel Macron, candidat d’En Marche, et Jean-Luc Mélenchon, pour La France insoumise, tiendront de grandes réunions publiques. Au menu du raout frontiste, figurent le dévoilement du programme présidentiel, une soirée dansante et un grand discours de campagne le dimanche. En plein «  PenelopeGate » et alors que les intentions de vote sont au beau fixe pour Marine Le Pen, plusieurs ombres pourraient ternir le tableau d’une entrée en campagne en fanfare…

Amende de 300.000 euros pour des emplois d’assistants parlementaires

Si la polémique sur un éventuel emploi fictif de Penelope Fillon ébranle le candidat François Fillon, Marine Le Pen est elle aussi touchée par une polémique concernant l’emploi douteux d’assistants au Parlement européen. Après une enquête menée par l’Organisme européen de lutte contre la fraude (Olaf), l’institution réclame à la frontiste 300.000 euros pour des assistants travaillant pour le parti en France. Marine Le Pen dénonce une « persécution » de l’institution.

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Pour Nicolas Bay, secrétaire général du FN, « cette affaire n’est pas nouvelle et les Français sont lucides à propos de cet acte politique du Parlement européen qui n’aura pas d’impact sur la campagne de Marin Le Pen. Cette décision est en outre administrative et nous allons la contester en justice », promet le frontiste à 20 Minutes. « Les Français estiment que l’Union européenne est une grande machinerie et c’est pourquoi cette polémique n’est pas problématique pour Marine Le Pen en campagne », relève Stéphane Rozès, président de CAP et enseignant à Sciences-Po Paris.

Un parti travaillé par des lignes idéologiques divergentes

Mi-décembre, la querelle entre Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen a été relancée à propos de l’avortement. Le vice-président du parti a estimé que la députée du Vaucluse était « seule et isolée », celle-ci rétorquant que « la ligne du FN ne se définit pas tout seul sur BFMTV ». Sous le ping-pong verbal, se trament des divergences programmatiques qualifiées de « sensibilités » par Nicolas Bay. « La ligne de clivage est réelle entre la ligne FN canal historique de Marion Maréchal-Le Pen dans le sud-est et celle 'étato-sociale' de Florian Philippot dans le nord-est », rappelle Yves-Marie Cann, directeur des études politiques du cabinet d’études et de conseil d’Elabe.

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« Cependant, dans la perspective de la présidentielle et alors que les intentions de vote indiquent Marine Le Pen qualifiée pour le second tour, ce clivage va être mis en sourdine car personne n’a aujourd’hui intérêt à être source de divisions au sein de la famille politique », relève Yves- Marie Cann. « Ce clivage pourrait néanmoins être rapidement réactivé en cas de score moyen de la candidate au premier tour », prévient-il.

Le manque de cadres au FN

Depuis l’accession de Marine Le Pen à la présidence du FN en 2011, le parti met les bouches doubles pour former ses militants et les amener à prendre des responsabilités. Mais le manque de cadres de premier plan est régulièrement mis en évidence. « Marine Le Pen présidente, qui irait au gouvernement ? Cette question que se posent les électeurs représente un problème pour la candidate, car le parti est en indigence de cadres de qualité », relève Stéphane Rozès. Des manques qui, selon le consultant, repousseraient les électeurs à voter pour la candidate frontiste à un éventuel second tour à la présidentielle.

Des violences et une censure

Le Front national, un parti « normalisé » ? Comme pour de précédents événements, le parti a refusé d’accréditer les médias Quotidien et Mediapart pour ce week-end lyonnais. Et l’expulsion brutale de journalistes de l’émission Quotidien, cette semaine lors d’un déplacement de Marine Le Pen, rappelle plusieurs épisodes de responsables frontistes houleux avec des journalistes. Des violences démenties par le parti. « Ces débordements restent accessoires si le cadre du média est restreint. Cela devient plus problématique quand cela touche un média à grande audience et que cela se répète. L’effet repoussoir du FN, comme au temps de Jean-Marie Le Pen, en sort renforcé. Le FN y fera donc attention pendant la campagne », souligne Yves-Marie Cann d’Elabe. Un commentaire abondé par Stéphane Rozès, qui souligne : « La persistance de ces phénomènes rompt avec l’entreprise de normalisation du parti et reste un handicap pour Marine Le Pen ».