Emmanuel Macron le 14 janvier 2017 à Lille.
Emmanuel Macron le 14 janvier 2017 à Lille. - PDN/SIPA
 

A tribord : François Fillon. A bâbord :  Benoît Hamon. Et entre les deux candidats issus des primaires, un espace qui pourrait bien profiter aux candidats du centre, au premier rang desquels Emmanuel Macron. Le candidat à la présidentielle peut-il profiter de ce contexte politique ?

« Un espace considérable se dégage au centre »

L’élimination d’Alain Juppé au second tour de la primaire de la droite et du centre peut jouer en faveur de l’ancien ministre de l’Economie. « François Fillon a l’image d’un homme politique très ancré à droite, catholique, conservateur et libéral. En plus, les affaires révélées ces derniers jours nuisent à sa popularité », observe auprès de 20 Minutes Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof.

Côté gauche, Benoît Hamon le frondeur a remporté la primaire de la Belle alliance populaire au grand dam de l’aile réformiste du Parti socialiste. Certains cadres et élus socialistes ont déjà pris leurs distances le soir de la défaite de Manuel Valls, et quelques-uns ont rallié En Marche.

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« Entre ces deux candidats, un espace considérable se dégage au centre, le contexte est absolument idéal pour Emmanuel Macron », estime Daniel Boy. « Une partie des électeurs qui ont soutenu Alain Juppé à droite et Manuel Valls à gauche se sentent incompatibles avec les vainqueurs des primaires », renchérit l’historien Jean Garrigues*. « Il y a un espace politique et programmatique ».

Au centre du centre

Pas étonnant que les membres d’En Marche se soit frottés les mains après la victoire de François Fillon le 27 novembre dernier, puis après celle de Benoît Hamon le 29 janvier 2017. Au lendemain de la primaire de la gauche, le porte-parole d’En Marche Benjamin Griveaux se vantait sur Twitter d’avoir enregistré 5.000 adhésions en 24 heures.

Non seulement cet espace au centre existe, mais Emmanuel Macron est le seul qui l’occupe à ce jour, alors que François Bayrou n’a pas encore dévoilé ses intentions et que des élus de l’UDI (Union des démocrates et indépendants) ont rallié En Marche.

Contrairement aux figures centristes, « Macron parvient à incarner cette qualité de renouveau et il a un discours de droite et de gauche. Il occupe donc une position centrale, au centre de gravité du centre. Il attire des électeurs du centre-droit et du centre-gauche, pas seulement du « petit centre » », souligne Daniel Boy. « Il bénéficie du mythe de l’homme providentiel », poursuit Jean Garrigues. Autre atout : « les électeurs ne l’associent pas aux partis du centre qui peuvent être répulsifs, notamment pour les jeunes ». Un candidat au centre sans l’étiquette centriste, en somme.

J-80 avant la présidentielle

Dans ce contexte très favorable, l’ex locataire de Bercy semble temporiser. Il a décalé la publication de son programme au mois de mars et multiplie les déplacements à l’étranger et en France. « Il a besoin de voir quelles seront les conséquences du PénélopeGate pour Fillon, et celles des tractations de Benoît Hamon avec l’aile réformiste du PS. Cela explique sa position attentiste ».

« A ce jour Benoît Hamon a donné des gages à Mélenchon et Jadot, mais pas à l’aile de Manuel Valls. Mais Emmanuel Macron ne leur a pas non plus tendu la main », déplore Pascal Terrasse. « Les 41 % d’électeurs qui ont voté Valls existent », insiste le député qui a le sentiment que les réformateurs du PS sont « persona non grata ».

Le candidat d’En marche pourra-t-il maintenir son avantage au centre durant les 80 jours à venir avant le premier tour de la présidentielle ? Cela dépendra en partie de ses deux ailiers. « Hamon peut éventuellement devenir le candidat de la synthèse, c’est une tradition au PS. Quant à Fillon, les affaires l’empêchent actuellement de mener une offensive vers le centre », juge Daniel Boy. La voie semble libre.