Le candidat LR François Fillon en meeting aux Docks d'Aubervilliers, le 4 mars 2017
Le candidat LR François Fillon en meeting aux Docks d'Aubervilliers, le 4 mars 2017 - CHAMUSSY/SIPA
La semaine s’annonce tourmentée pour François Fillon, à l’image de la météo hivernale. Au lendemain d’un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes venues soutenir le candidat  place du Trocadéro à Paris, le parti Les Républicains convoque un comité politique lundi après-midi. Cette instance se réunit avec 24 h d’avance « pour évaluer la situation » du candidat, frappé par les défections parmi ses soutiens et les appels au retrait suivant l’annonce de sa convocation en vue d’une mise en examen dans une affaire d’emplois présumés fictifs. Quels scénarios s’imposent désormais à François Fillon ? 20 Minutes passe en revue les différentes hypothèses…

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Première hypothèse : François Fillon poursuit coûte que coûte sa campagne. Personne chez Les Républicains n’a le pouvoir de «  débrancher » le candidat à la présidentielle, qui martèle sa légitimité conférée par sa victoire à la primaire de la droite. « Personne ne peut m’empêcher d’être candidat », a-t-il d’ailleurs scandé dimanche, sur le plateau du 20 heures de France 2. Le candidat dispose des parrainages suffisants pour concourir à la magistrature suprême : selon les données du Conseil constitutionnel, François Fillon a reçu, au 3 mars, 1 155 signatures, bien plus que les 500 requises. Celui-ci dispose en outre de 6 des 9,5 millions d’euros récoltés à l’issue de la primaire de novembre. Enfin, rien n’interdit à François Fillon d’être candidat à la présidentielle tout en étant mis en examen.

Le scénario d’une poursuite de la campagne est pourtant repoussé par le politologue Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po Paris. « Nous restons dans la spéculation », prévient-il tout d’abord, avant d’estimer : « Le parti ne peut plus soutenir François Fillon, qui n’a plus rien autour de lui. A part tuer sa famille politique en l’emportant dans un suicide collectif, je doute que François Fillon continue d’ici deux à trois jours. Place du Trocadéro, François Fillon n’a d’ailleurs jamais dit qu’il irait jusqu’au bout. C’est un terme à relever », explique-t-il. Un commentaire contredit par le politologue Stéphane Rozès, président de CAP (Conseils, analyses et perspectives) : « Le maintien de François Fillon reste aujourd’hui le scénario le plus probable aujourd’hui, même si ce n’est pas le plus enviable. Le rassemblement du Trocadéro donne à François Fillon l’illusion d’une légitimité dans toute la droite, alors que c’est le noyau dur de la droite qui s’est mobilisé. Et ce noyau ne constitue pas le centre idéologique de la droite. »

Seconde hypothèse : une candidature concurrente de celle de François Fillon émerge, installant un duel fratricide sur le modèle Balladur-Chirac à la présidentielle de 1995. Le candidat concurrent aurait plusieurs contraintes : il devrait ouvrir un compte de campagne, disposer de 500 parrainages pour être qualifié par le Conseil constitutionnel avant la date limite des parrainages fixée au 17 mars à 18 h. Cet autre candidat devrait en outre faire savoir son consentement à participer à cette élection, et transmettre sa déclaration de patrimoine. Ce scénario est repoussé par les deux politologues : « Un retour du duel de 1995 me semble très peu probable. La droite n’a pas renoncé à gagner cette présidentielle. Un duel serait mortel pour ces candidats [de droite] », avance Gérard Grunberg.

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Troisième hypothèse : François Fillon démissionne volontairement, remplacé par un autre candidat de droite. Plusieurs contraintes s’imposent au candidat alternatif. Outre les parrainages, son consentement et la publication de son patrimoine, se pose la question de l’argent de la primaire. La Haute Autorité n’a pas encore débloqué 3,5 millions des 9,5 millions alloués statutairement au vainqueur de la primaire François Fillon. Cet argent pourrait éventuellement être versé à un nouveau candidat à la présidentielle. Par ailleurs, le parti Les Républicains n’a pas débloqué les 5 millions d’euros supplémentaires prévus pour soutenir la campagne de son candidat.

Pour Gérard Grunberg, l’hypothèse d’un candidat remplaçant François Fillon pourrait être validée dans les deux à trois prochains jours. « Plusieurs propositions pour faire partir François Fillon en douceur sont en cours, dont celle de Christian Estrosi, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. Un deal est à mon avis en cours entre les fillonistes et les sarkozystes, car ce n’est pas un hasard si [le sarkozyste] François Baroin était présent dimanche après-midi avec François Fillon au Trocadéro », relève le directeur de recherche émérite. « Je ne crois pas à la probabilité d’une candidature d’Alain Juppé, que ne veut ni le parti – qui reste largement sarkozyste –, ni l’électorat. Je pense plutôt à la candidature de François Baroin qui assurerait une alliance entre sarkozystes et fillonistes. »

Une candidature du sénateur-maire de Troyes (Aube) à laquelle ne croit pas le politologue Stéphane Rozès : « François Baroin est une valeur émergente au sein des Républicains, mais pas une valeur sûre qui peut rassurer. Dans un paysage déstabilisé et inquiétant, seule la candidature d’Alain Juppé paraîtrait rassurante. Cependant, Nicolas Sarkozy, qui a le contrôle du parti, ne consent pas à cette idée. » Sept semaines avant le premier tour, le scénario d’un candidat alternatif à François Fillon pourrait changer la direction de cette campagne électorale. Mais, selon le politologue Gérard Grunberg, « quel que soit le nom du candidat alternatif à François Fillon, cela restera très dur » de renverser la table avant le premier tour de la présidentielle.