Un isoloir en France
Un isoloir en France - Nicolas Tucat AFP
 

« Ça n’a jamais été aussi difficile de trouver celui qui est censé nous représenter !!! » A trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Marie-Do ne sait pas encore quel bulletin choisir. « Pour l’instant je n’ai aucune idée de vote », renchérit Thomas qui se rendra aux urnes pour la première fois le 23 avril prochain.

Comme ces deux internautes qui affirment à 20 Minutes être indécis, les électeurs incertains d’aller voter seraient nombreux pour ce scrutin, à en croire sondeurs, médias et candidats aux petits soins pour ces potentielles voix, sans parler de la multiplication des sites et applis destinés à vous aider à trouver le candidat le plus proche de vous.

Selon une enquête publiée le 20 mars dernier par le Cevipof, un électeur sur trois n’est pas sûr d’aller voter au premier tour de la présidentielle. Quant à ceux qui sont certains d’y aller, ils sont 59 % à affirmer que leur choix de candidat est définitif. Il resterait donc 41 % de votants capables de changer d’avis dans les trois prochaines semaines. Une étude Ipsos donne le même pourcentage d’hésitants. Ces indécis pourraient donc faire basculer le scrutin.

« Un quart des électeurs se décident dans la dernière ligne droite »

Pour Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et Cevipof et auteur en 2007 d’une étude intitulée L’(in) décision électorale et la temporalité du vote, « l’incertitude et l’indécision électorale ne sont pas des phénomènes nouveaux. Depuis plusieurs élections, on constate qu’une part significative des électeurs sont à la fois incertains d’aller voter et indécis ou hésitants entre plusieurs candidats. Davantage d’électeurs que dans les années 1970 ou 1980 expriment aujourd’hui une « gamme des possibles » pouvant comprendre deux ou trois choix de candidats ».

Et le chercheur de rappeler qu’en 2007 et en 2012, « un peu plus d’un électeur sur deux disait avoir fait son choix très longtemps avant l’élection tandis que près d’un quart disait que le choix s’était figé pendant la campagne et un autre quart dans la dernière ligne droite ». Une tendance observée par le Cevipof, qui a mesuré que les électeurs sûrs de leur choix de candidat sont passés de 50 % à 59 % entre février et mars. Ce taux pourrait encore augmenter après le débat entre les 11 candidats le 4 avril prochain.

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En 2007, Alain Garrigou, professeur de science politique à Paris-X-Nanterre, expliquait dans Le Monde que l’indécision est « en partie une création des sondeurs, qui par peur de se tromper dans leurs estimations, et après la mésaventure de 2002, ont ouvert un grand parapluie : ils demandent désormais aux sondés s’ils sont sûrs de leur choix, ce qui encourage une réponse négative ».

Nouveaux candidats, affaires et électeurs de gauche « déboussolés »

L’élection présidentielle de 2017 ne serait donc guère différente ? Si, selon Bruno Cautrè, qui observe un « sentiment d’une élection qui flotte, où tout est possible ». Ces phénomènes d’indécision « ont pris un relief et une ampleur certaines », notamment car « l’offre politique a été renouvelée avec des candidats que les Français connaissent encore mal, par exemple Benoît Hamon ou même Emmanuel Macron malgré sa rapide ascension ».

D’autres facteurs peuvent être source d’indécision chez les électeurs de gauche comme de droite. D’une part, « la gauche affronte une contradiction dont elle a du mal à se sortir : Elle vient de gouverner pendant 5 ans et ses candidats expliquent aux électeurs de 2012 qu’elle avait fait fausse route, un argumentaire qui n’est pas totalement simple à expliquer », d’où des électeurs parfois « déboussolés ». En outre, « l’offre politique que représente Emmanuel Macron a perturbé aussi les repères de nombreux électeurs car son programme est compatible à la fois avec les aspirations des électeurs de gauche et de droite ». D’autre part, l’affaire Fillon a selon le chercheur « perturbé l’électorat de droite et plus encore du centre droit ».

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Comment cette indécision électorale peut-elle se traduire ? Les internautes ayant répondu à 20 Minutes évoquent plusieurs possibilités. Certains, comme Marie, dont l’indécision s’approche plus d’un rejet des candidats, affirment qu’ils n’iront pas voter. « Je ne vais certainement pas me déplacer pour des hommes qui nous prennent pour des imbéciles », écrit-elle. D’autres, comme Aurore, qui « ne peut pas se forcer à voter pour un candidat qu' [elle] n’approuve pas et ne veut pas ne pas aller voter », comptent voter blanc. Il leur reste trois semaines pour changer d’avis et choisir un candidat d’avis, ou pas.