Hamon présente son programme
Hamon présente son programme - PHILIPPE LOPEZ / AFP
 

Benoît Hamon a le sourire, au moment de présenter son projet, ce jeudi à la Maison de l'architecture à Paris. Pendant une bonne heure, le candidat du PS déroule ses mesures, et s'amuse même, devant le côté fastidieux de l'exercice. «J'ai encore quelques propositions [à vous présenter]. Je suis désolé... mais c'est un projet présidentiel».

Un projet présidentiel un peu transformé. L'ancien ministre de l'Education n'a certes pas chamboulé ce qui avait fait son succès lors de la primaire à gauche en janvier. Mais il a modifié par petites touches son programme afin de rassembler le plus largemment sa famille politique déchirée depuis l'entre-deux tours. Un petit coup d'oeil au premier rang de l'audience rend compte de la complexité de cet exercice d'équilibriste. Jean-Christophe Cambadélis côtoie l'écolo Cécile Duflot et le progressiste Jean-Luc Bennahmias.

Mon projet, «tout sauf une forme de synthèse écrite sur un bout de table»

D'ailleurs, le sourire de Benoît Hamon s'estompe quand un journaliste l'interroge sur son «art de la synthèse», façon Hollande.

«Vous avez une drôle de façon de voir le monde, vous», s'agace l'ancien ministre. «Si mon projet politique, c'est de faire du copier-coller, de prendre des paragraphes des uns et des autres, cela serait absurde et ridicule [...] C'est tout sauf une forme de synthèse écrite sur un bout de table», répond-il. « Je n'ai rien contre les synthèses, le compromis est utile, mais on ne va pas dans une élection présidentielle en se demandant quelle synthèse on fabrique».

Il reconnaît seulement «avoir enrichi son projet» des apports de ses adversaires de la primaire. Benoît Hamon pioche ici dans le programme d'Arnaud Montebourg (Made in France, taxe des superprofits des banques), chipe dans celui de Vincent Peillon (allocation «dès le premier enfant»), et picore même du côté de Sylvia Pinel (réforme de la gouvernance de la zone euro). Surtout, le champion de la primaire donne des gages de «crédibilité». Son revenu universel est désormais raboté, sa taxe-robot aménagée, son 49-3 citoyen conditionné, la règle des 3% respectée «en fin de quinquennat».

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«Il a fait des gestes, il a revu sa copie»

Assez pour rendre enthousiastes deux anciens défenseurs de Hollande, venus soutenir l'ancien frondeur. «Hamon a fait des efforts. Il faut qu'il s'adresse désormais à tous les Français et aux humanistes. Il a un programme à la fois radical et inscrit dans le domaine du possible», tente Jean-Luc Bennahmias, peu convaincu. Le ton est le même chez Frédérique Espagnac, sénatrice des Pyrénées Atlantiques, et désormais sa porte-parole. «Il a fait des gestes. Les choses ont été bien estimées, bien cadrées, notamment sur le revenu universel. Il a revu sa copie en introduisant un certain nombre de propositions de ses concurrents à la primaire, mais en restant fidèle à son projet».

Son équipe espère relancer sa campagne, avec la tenue d'un grand meeting parisien dimanche, et le grand débat lundi  qui réunira les cinq «grands» candidats (Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, François Fillon et Marine Le Pen). Pas suffisant pour le politologue Stéphane Rozès. «Les ratés de sa campagne ne viennent pas d'un mauvais équilibre dans son programme mais de l'existence même de cet exercice de synthèse», avance le président de CAP (Conseil, Analyse et Perspective). «Il cherche à faire la synthèse de différentes sensibilités de gauche qui ne sont plus adaptées au clivage actuel, qui est national. Cette posture laisse supposer qu'il est davantage aux mains d’appareils politiques que prêt à échanger avec les Français».

A la fin de la conférence de presse, un journaliste interroge Benoît Hamon sur cette campagne difficile et ce «sentiment d'improvisation». «Reconnaissez-vous avoir du mal à imposer vos thèmes et comment y remédier?» Le candidat fait rire la salle avec un «non», laconique. «Bah c'est une question ouverte, donc non», puis quitte la pièce.