François Fillon avec Marielle Goitschel, championne de ski alpin, à Aix-les-Bains le 12 avril 2017.
François Fillon avec Marielle Goitschel, championne de ski alpin, à Aix-les-Bains le 12 avril 2017. - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
 

Les personnes âgées votent à droite. Cette généralité peut relever de la banalité, mais elle n’a jamais semblé aussi vraie qu’au cours de cette campagne présidentielle. Les enquêtes d’opinion sont claires : pour OpinionWay, au 7 avril, 51 % des 65 ans et plus ont choisi François Fillon ; chez Elabe au 11 avril, 39 % ; et chez Ipsos, les 70 ans et plus choisissaient au 26 mars à 44,5 % le poids lourd politique de la Sarthe.

Les sondages valent ce qu’ils valent, mais dans ces proportions, le doute n’est plus trop possible, une grande partie des seniors a choisi son champion. Pourquoi donc François Fillon séduit-il à ce point au-delà de la soixantaine ?

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Il y a d’abord le contexte de l’offre politique, explique Luc Rouban, politologue du Cevipof, spécialiste du vote des seniors : « Cet électorat est naturellement porté vers la droite parlementaire. François Fillon étant le produit d’un primaire marquée par le vote des seniors – on peut dire que ce sont eux qui ont fait son élection -, il est logique de les retrouver derrière lui ensuite. D’autant que l’autre offre à droite, Emmanuel Macron, contrairement au centre-droit de François Bayrou, vient de la gauche et du gouvernement de Hollande. »

Les deux autres possibilités plus à droite que François Fillon s’appellent Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen. Le candidat de Debout la France est lui aussi plus populaire chez les plus de 65 ans que chez les moins de 35 ans, mais la cheffe du Front national réalise elle ses pires scores virtuels chez les seniors (8 à 15 % suivant les enquêtes).

« Ce qui joue désormais, c’est la génération, la religion et le patrimoine »

« Il y a une décomposition du vote de classe, note Luc Rouban. Ce qui joue désormais, c’est la génération, la religion et le patrimoine. » Et à ce jeu-là, le programme et la personne de François Fillon cochent toutes les cases pour plaire aux plus âgés, plus que Dupont-Aignan et Le Pen, mais aussi que Nicolas Sarkozy en 2012. L’ancien président avait reçu 39 % des votes des 60 ans et plus au premier tour de la précédente élection, rappelle Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d’OpinionWay. Son ancien Premier ministre pourrait faire bien plus, notamment grâce à la dimension catholique de sa candidature.

Les catholiques ne sont pas la raison de sa victoire à la primaire, comme 20 Minutes l’expliquait en novembre, mais François Fillon profite clairement de leur soutien depuis. Cet électorat qui s’est partagé entre plusieurs visages lors de la compétition interne à droite s’est réuni derrière le Sarthois. « Ceux qui sont sûrs de voter pour lui sont à 84 % catholiques, et 47 % ont plus de 65 ans », chiffre le politologue du Cevipof.

Le patrimoine, raison principale

L’autre point essentiel pour les seniors dans la candidature Fillon, c’est la politique fiscale, et la taxation du capital. On retrouve dans l’électorat global du député de Paris « une forte concentration de gens fortunés, au patrimoine important ». Mécaniquement, on retrouve les patrimoines les plus élevés chez les plus âgés (voir la synthèse de l’INSEE de novembre 2016 sur les inégalités de patrimoine). Bruno Jeanbart embraye sur le fait que les thématiques de Fillon, comme l’idée du « travailler plus » et du remboursement de la dette, « sont plus populaires chez les retraités que chez les actifs ». Le sondeur souligne d’ailleurs que l’écrasante part des seniors qui préfèrent Fillon à Le Pen ne le fait pas pour des raisons culturelles, les deux candidats partageant une ligne similaire sur les questions sociétales, mais bien économiques.

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Au Front national, il y a un épouvantail pour les plus âgés : la sortie de l’euro. « C’est un aspect purement économique, les plus anciens ont le patrimoine, notamment foncier, le plus important. Ils sont donc extrêmement méfiants à l’endroit d’un projet économique comme celui de Marine Le Pen, qui pourrait entraîner une dévaluation de la monnaie et une dépréciation du patrimoine acquis, notamment immobilier », explique Luc Rouban.

« Les seniors sont ceux qui votent le plus, suivent le plus la campagne et ont la plus grande culture politique »

À l’inverse, François Fillon est plus rassurant pour les revenus du capital. Son programme promet entre autres la suppression de l’Impôt de solidarité sur la fortune et l’assouplissement des règles en matière de droits de succession, pour les transmissions d’entreprise comme les donations aux héritiers : « Mon projet prévoit la diminution des droits sur les donations, pour faciliter la circulation du capital », expliquait-il par exemple aux Echos en octobre.

Dans la dernière ligne droite, la candidature Fillon, heurtée par les affaires, profite à plein de cet électorat particulièrement mobilisé et orphelin d’une autre offre politique mixant religion catholique et protection du patrimoine, avance Luc Rouban : « Les seniors sont ceux qui votent le plus, suivent le plus la campagne et ont la plus grande culture politique. Au passage, sur la durée, c’est un électorat qui grossit quantitativement, avec le vieillissement de la population. Et pour cette élection, François Fillon s’est assuré une assise électorale nette. »