Marine Le Pen (FN) et Emmanuel Macron (En Marche!) lors du débat télévisé de mercredi 3 mai. - SIPA

MESURES Les deux systèmes mis sur la table ont chacun leurs défauts…

  • Marine Le Pen veut revenir à la retraite à 60 ans.
  • Emmanuel Macron compte s'inspirer du modèle suédois.
  • Aucune réforme n'est une formule miracle car elle reste dépendante de l'économie du pays.

Soixante ou soixante-deux ans ? Avec ou sans points ? Les débats sur les retraites peuvent se résumer par des questions simples, même si les enjeux sont eux très complexes. Mercredi soir, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont très brièvement évoqué le sujet lors de leur face-à-face.

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60 ans, oui, mais quand ?

Première à être interrogée sur ce thème, Marine Le Pen a affirmé sa volonté de remettre l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, sous réserve d’avoir cotisé pendant 40 annuités. « Dès votre élection, si vous êtes élue ? » lui lance alors Emmanuel Macron. « Non, lui répond la candidate frontiste, je m’engage à ce que ce soit le cas d’ici la fin du quinquennat ».

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Comme l’a alors remarqué le candidat d’En Marche!, Marine Le Pen a changé de position. Le 11 avril, elle dévoilait une vidéo pour présenter dix mesures « concrètes, d’effet immédiat sur votre quotidien » qu’elle mettrait en œuvre « dans les deux premiers mois de [son] mandat ». Or, la retraite à 60 ans faisait bien partie de cette série de promesses. Jeudi, Florian Philippot a tenté la synthèse :

Un financement sous conditions

Au-delà de cette variation, les économistes sont divisés sur la faisabilité de la mesure. Pour Jacques Bichot, spécialiste de la protection sociale et auteur de La retraite en liberté(Ed Cherche-Midi, 2017), « c’est impossible de revenir à 60 ans. Marine Le Pen ne se rend pas compte qu’avoir 60 ans maintenant, ce n’est pas la même chose qu’en 1982 [année où la retraite est passée à 60 ans, ndlr]. Nous ne vieillissons pas au même rythme que les générations d’avant. Il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’on doive travailler plus. »

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Selon Jean-Marie Harribey, ancien co-président des Economistes atterrés, « le financement des retraites est fondamentalement basé sur le travail. Le problème est donc de savoir si les mesures que Marine Le Pen propose pour résorber le chômage sont valables, sinon elle trompe son monde. » La candidate estime en effet que sa mesure pour les retraites coûtera 17 milliards d’euros et qu’elle sera financée grâce à une diminution de trois points du taux de chômage. Sans une forte reprise de l’activité, ce raisonnement tomberait à l’eau.

Le système suédois

De son côté, Emmanuel Macron souhaite un système « universel » de retraites. Son idée, qui reprend en partie le modèle développé en Suède (expliqué en détail dans un rapport de 2007 du Sénat), est de créer un « compte notionnel ». Jean-Marie Harribey explique : « On crée, pour chaque salarié, un compte virtuel [aucun argent n’est stocké dessus] sur lequel sont inscrites les cotisations retraites prélevées chaque mois. A l’âge de la retraite, on regarde la somme des cotisations versées et l’espérance de vie de la classe d’âge. Ensuite, on divise le total des cotisations par cette espérance de vie. »

Par exemple, supposons qu’un salarié âgé de 65 ans décide de partir à la retraite. Son sur compte « notionnel », il a accumulé virtuellement 200.000 euros de cotisations. Si l’espérance de vie de sa génération est de 75 ans, il lui « reste » environ 10 ans de vie. Sa retraite s’élèvera donc à 200 000/10 = 20 000 euros par an.

Un « piège infernal » ?

Pour le candidat d’En Marche!, ce système est « juste » car « le calcul de la retraite sera le même pour tous ». Mais est-ce vraiment une bonne idée ? « Au sein d’une même classe d’âge, toutes les catégories socioprofessionnelles n’ont pas la même espérance de vie, remarque Jean-Marie Harribey. Celle des cadres peut dépasser de 5-6 ans celle de ceux qui effectuent des travaux pénibles. Si vous avez un travail pénible, l’intérêt dans ce système c’est donc de continuer à travailler le plus longtemps possible pour avoir une retraite décente. C’est un piège infernal. »

Le programme d’Emmanuel Macron répond partiellement à cette critique, en indiquant que « la pénibilité sera toujours prise en compte », sans plus de précision. Néanmoins, pas question pour lui de se précipiter. « Je ne change pas, pour le quinquennat à venir, l’année de départ. Je ne change pas le niveau de cotisation (…) Je mets en place un système qui montera progressivement en charge » a-t-il expliqué mercredi soir.

Une réforme où il ne sera pas le seul à avoir la main : « Ce qui est désespérant dans cette campagne, c’est qu’on a l’impression que le président de la République est tout-puissant, ce qui n’est pas le cas, rappelle Jacques Bichot. Enormément de mesures demandent de passer par la loi », et donc par l’Assemblée et le Sénat.