Jean-Christophe Cambadélis
Jean-Christophe Cambadélis - Auteurs : LEWIS JOLY/SIPA
 
  • Selon les estimations, le PS n'obstiendrait que de 15 à 40 sièges à l'Assemblée dimanche prochain
  • Il pourrait perdre quelque 8,5 millions d'euros sur le budget des cinq prochaines années
  •  

« Désastre », « champ de ruines », « naufrage », « Bérézina »… Vous pensiez avoir tout entendu sur le cauchemar vécu par le Parti socialiste aux législatives ? Le PS, qui contrôlait la moitié de l’Assemblée, devrait s’effondrer dimanche prochain, n’obtenant que de 15 à 40 sièges. « On est à terre, décapité, éclaté, c’est quand même difficile d’avoir un soir de premier tour aussi violent », a lancé l’ex-ministre PS Thierry Mandon. La défaite pourrait s’avérer encore plus grave que prévue pour Solférino. 20 Minutes vous dit pourquoi.

17 millions d’euros en moins par an

C’est un « recul sans précédent de la gauche », a reconnu le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis. Un joli euphémisme car la défaite devrait peser lourd sur les caisses du PS. Les élections législatives sont décisives pour le financement des partis : au premier tour, chaque voix rapporte 1,42 euro*. Grâce aux 7.618.326 voix obtenues en 2012, le PS a reçu ainsi 10,8 millions d’euros, par an, pendant le dernier quinquennat.

Faisons un petit calcul : dimanche dernier, les socialistes n’ont obtenu que 1.685.773 voix, l’équivalent de 2,4 millions d’euros par an sur les cinq prochaines années. Le manque à gagner s’élève donc à 8,4 millions d’euros par an. Mais l’addition sera encore plus salée pour le PS. L’Etat distribue également pour chaque parlementaire élu (Assemblée et Sénat) une somme d’environ 35-40.000 euros. Selon les différentes projections, le PS devrait passer de plus de 250 députés à une vingtaine. Et perdre également plus de 8,5 millions d’euros par an.

Un plan social à Solférino ?

Les socialistes verront donc leurs finances fondre de plus de 17 millions d’euros (par an !) par rapport au précédent quinquennat. « C’est énorme car toutes les sources de financement ont diminué : le PS a connu une baisse du nombre de ses adhérents, la diminution de ses élus locaux, qui a été vécue douloureusement par les sections départementales, sans compter l’échec mécanique des sénatoriales à venir en septembre », rappelle Rémi Lefebvre, professeur de science politique à l’université Lille-II et spécialiste du PS. « Concrètement, on peut s’attendre à un plan social à Solférino. On peut imaginer que plus de la moitié des [110] permanents soit licenciée ».

Interrogé par 20 Minutes, le trésorier du parti Jean-François Debat indique ne vouloir faire « aucun commentaire public sur ce sujet avant la fin de la séquence électorale ». Dans le Canard enchaîné, le même homme reconnaissait seulement début mai que le parti allait être amené « à faire des économies drastiques ».

Vers une vente de Solférino ?

Il y a quand même une bonne nouvelle : contrairement aux Républicains, le PS n’est pas un parti endetté. Mais dans les fédérations, le malaise n’est pas nouveau : en mai 2016, la fédération socialiste du Nord avait mis une partie non négligeable de son siège en vente pour combler le trou dans les caisses de l’ordre d’1 million d’euros.

De quoi donner des idées aux dirigeants socialistes ? Jean-Christophe Cambadélis avait évoqué l’idée de mettre en vente le siège historique du parti, dans le très chic quartier du 7e arrondissement de Paris (ce qui rapporterait entre 60 et 70 millions d’euros selon les calculs du Figaro).

« Le PS pourrait utiliser cette vente pour se refonder, montrer qu’il arrive au bout d’un cycle et faire de nécessité vertu », ironise Rémi Lefebvre. Dimanche soir, un petit plaisantin avait anticipé la déroute, et posté sur le site Leboncoin.fr, cette annonce : « Vends monument historique - ancien siège du Parti socialiste - au 10, rue de Solférino à Paris cause mauvais résultats électoraux. Bien pour en faire un musée, folklore français ».

*Ces fonds publics sont réservés aux partis qui ont présenté des candidats ayant obtenu chacun au moins 1 % des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions de métropole.

** *Rémi Lefebvre est conseiller municipal PS à Hellemmes